« Elle s’appelle aussi Sham,
autrement dit Grain-de-Beauté,
parce qu’elle est le grain de beauté
de Dieu sur la terre. »
Les Mille et une nuits
Avant toute chose, je vous annonce que mon avion ne s’est pas crashé et que je suis bien arrivée. La vraie question est de savoir où je suis arrivée. Dans une ville, oui. Dans une capitale mais qui n’a rien à voir avec les villes occidentales. Tout est en devenir. Les bâtiments se construisent et se déconstruisent à qui mieux-mieux. Il y a la ville nouvelle en pleine expansion et la vieille ville avec la mosquée des Omeyades que nous avons visité avec un ami syrien, Ouazim. La maison de Dieu est ouverte à tous et c’est un refuge où l’on peut se confier à la bienveillance divine. Pour rentrer, nous avons dû enfiler des djellabas avec une capuche pour couvrir nos cheveux et nos oreilles et nous avons posé nos chaussures à l’entrée. La mosquée n’est pas seulement un lieu de culte et de prière, c’est aussi un lieu de cohésion sociale où riches et pauvres se retrouvent égaux.
Nisrin m’a parlé de son peuple, de
Damas la capitale et de la vie là-bas. Nisrin aurait souhaité que je fasse mon stage dans la capitale car tout ce qui est capital est là. Finalement, je vais être deux mois à Damas et quatre mois à Kuneitra, une petite ville de 48000 habitants. Les habitants ont beaucoup souffert de la guerre avec Israël. Ils seront sûrement plus vrais, plus à fleur de peau que ces citadins de Damas. J’aurais tout le loisir de comparer.
Je ne suis pas excitée par mon départ. Je n’ai pas peur non plus. Je me sens amorphe comme ce texte est amorphe à l’image de mon état d’esprit. Que faire ? Je pars sans rien laisser derrière moi. Des amis bien sûr et une famille aussi mais où est ce grand amour que je sacrifierai à mes ambitions ? Mon cœur ne veut plus battre, il a ralenti la cadence. Ma tension est faible. Je suis faible. Cela fait trois jours que je m’empiffre pour mettre du charbon dans la chaudière et relancer la vapeur. Peine perdue ! De toute façon, ce n’est qu’une transition vers un ailleurs de satisfaction. Je vais être heureuse là-bas parce que la
vie va me stimuler avec les aiguilles de la nouveauté, de la beauté, de l’étrangeté… Vivre dans un pays sans parler la langue et avec de parfaits inconnus est un défi à relever. J’aime les défis car ils me font vivre. Défier cette inconnue au fond de sa flaque qui vous regarde d’un air de défi pour se détacher de son image fascinante, arrêter de contempler et agir. Agir pour ne pas vieillir comme tous ces gens qui ne dépasseront jamais la vitesse de la lumière et ne doubleront pas le temps dans leur course. Agir pour repousser les limites du domaine du rêve. Agir, encore agir et rien qu’agir pour ne pas trouver le temps de penser à tous ces cafards qui copulent au fond de notre armoire. Bref, voyageons, apprenons, communiquons, découvrons, espérons, observons, rencontrons, tolérons et surtout désirons.


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