Rechercher dans ce blog

Chargement...

vendredi 23 mars 2012

ILLUSIONS DESILLUSOIRES (5)

Microbus à DAMAS - Syrie
Le concierge prend ses enfants dans ses bras et les regarde avec amour. Je n’ai pas connu ces gestes de tendresse avec mes parents et je les note d’autant plus chez les autres. Mon besoin désespéré a peut-être sa source au pied d’un olivier desséché. Marie a une conception de l’amour, mi-candide, mi-mensongère. Elle se ment pour pouvoir se pelotonner dans la candeur. Elle croit que les hommes ne sont pas des bites. Je pense que c’est un point de vue qui lui permet de vivre dans son rêve et de ne pas se heurter aux angles de la vie. Elle a pour copain un ancien témoin de Jéhova, marqué par son expérience, évidemment et qui, bien sûr, ne se comporte pas comme les autres hommes. Du moins, c’est ce qu’elle croit car une bite reste une bite même si c’est une bite refoulée. Il y a trop à dire sur la Syrie et je ne sais par où commencer. Commençons par ces micro-bus qui sillonnent la ville pour seulement cinquante centimes de francs. Dans le micro, les femmes ne montent pas à l’avant. Peut-être parce que c’est la place du mort et qu’une femme peut être porteuse d’une vie en devenir encore invisible à l’œil nu mais qui grossit dans ses entrailles aussi vite qu’une galette de riz se gorge d’eau. Peut-être parce que se frotter genou contre genou est péché et ne doit être pratiqué qu’avec le géniteur de ses six enfants. Peut-être parce qu’une femme assise entre deux hommes est un objet de convoitises et de luxure. Peut-être parce que les femmes n’ont pas le droit d’être aux premières loges pour contempler la route et doivent ignorer le détail du trajet pour ne pas être tentées de s’arrêter quand bon leur semble, au détour d’un chemin et sans rien dire partir à l’aventure et découvrir qu’elles n’ont pas besoin des hommes pour survivre. Tout va trop vite. Trop de nouveautés et aucuns repères. Il faudrait pouvoir s’arrêter et contempler cette sarabande endiablée qui m’emporte et m’épuise. J’ai besoin de dormir. Je n’ai plus la force d’écrire ou de lire. Mes journées se résument au C.D.P., aux sorties et à de longues siestes. Je me sens amorphe et pourtant, je bois café sur café. Que faire ? Non ! Que ne pas faire ? J’aurais aimé dormir cet après-midi mais je suis de permanence au C.D.P. Il reste dix minutes avant de partir en quête d’un micro. J’aimerais écrire des choses belles et fortes mais la ville est laide et je me sens faible.

vendredi 6 janvier 2012

ILLUSIONS DESILLUSOIRES (4)

Ouazim, un ami qui vous veut du bien paye tout : resto, café, visite… Je me sens achetée alors qu’il nous considère comme des amis étrangers pauvres qui ont besoin d’être aidés. Je trouve les Syriens de classe aisée trop axés sur la réussite sociale, le niveau d’étude, la beauté de leur compagne… Ouazim est très ouvert mais il n’échappe pas à la règle. J’ai trouvé plusieurs professeurs zélés prêts à m’enseigner l’arabe. Ce sont les filles du concierge : Bushra, Suzan, Zeina. Elles ont des livres en anglais et nous ont tout traduit en arabe. Les mots ont défilé dans ma tête et ne se sont pas englués dans la gelée de mon cerveau. La famille du concierge est à l’image de tous ces gens pauvres au grand cœur qui font légion à cause de la religion. Le concierge est le gardien de la porte et le Syrien qui nous ouvre les portes de l’Orient avec son thé, sa langue, ses coutumes. Je retrouve l’accueil chilien chez les Syriens. Est-ce une constante des pays pauvres ? Chili, Syrie même appétit de la vie des autres. L’autre est un ami si rare, si difficile à rencontrer comme ces métaux que l’on recherche parfois au prix de sa vie. Il est si doux d’être un autre attendu et désiré, reçu dans le plus grand respect et aimé sans même avoir tenté de se rapprocher. Notre et leur ensemble dans une même fusion à la même personne.

lundi 26 décembre 2011

ILLUSIONS DESILLUSOIRES (3)

L’accès à certaines boîtes e-mail est interdit, je le sais aujourd’hui, car il y a des capitaux juifs investis. Israël est rayée de la carte et le mot même est tabou comme tout ce qui concerne l’Islam. Le vert déverse ses vibrations religieuses dans toute la ville au son des prières journalières. Prier, c’est chanter pour ne pas oublier ces mots longtemps transmis par la voix. Pays fermé qui m’enferme dans son germe d’hypocrisie. Non, je ne suis pas une source vivante de culture française. Non, je ne pourrais pas assaisonner mes cours avec des documents perso qui feraient de moi la parfaite colonisatrice culturelle. Non, je n’apporterai pas ma rime. Oui, je suis un fantoche qui est juste là pour attester que la Syrie est un pays ouvert et moderne. Oui, je suis déçue. Déçue ? Plus après la nuit dernière. En quête d’un restaurant dans la vieille ville, nous avons rencontré un homme âgé qui nous a guidé et nous a entraîné d’échoppes en appartements nous présentant tour à tour à un pâtissier, un monsieur muscle, un musicien, pour terminer notre périple dans une chambre minuscule à boire du thé en compagnie de deux jeunes Syriens d’une vingtaine d’années : Rias et Hassan. Rias a spontanément offert une bague à Emilie et cela nous a beaucoup amusés. Zoeir, notre guide nous a terrorisé avec un lapin aux yeux rouges et Emilie a reçu un caca sur sa tête du pinson qui gazouillait au plafond. Zoeir nous a raccompagnés jusque chez nous et nous a offerts à boire et à manger. D’ailleurs, Rias et Hassan ont tenté de nous séduire en nous offrant de l’alcool. Femme ivre, femme qui vibre.